C’était une fois un bon vieux clocher de campagne qui agitait encore sa cloche, fissurée, pour assurer ses devoirs de résonnances répétitives.
De ceux inscrits, depuis toujours, dans les plus vieilles traditions du village. En toutes saisons, dans les chaleurs de l’été ou dans les brouillards froids de l’hiver, on pouvait entendre les sonneries des âges, tels que nos anciens les connaissaient pour les attendre, pour les écouter et pour accompagner les événements tristes ou heureux de leurs pieuses existences paysannes. Entre les heures, les angélus, le glas ou le tocsin, le temps, de façon inexorable, passait sans trop d’histoires. Il en allait ainsi, au long des vies modestes, calmes, simples et paisibles. Mais avec le changement de nos habitudes, tout ce qui rythmait le déroulement du quotidien disparaissait, peu à peu, dans l’indifférence générale. Quand tous étaient déboussolés par des tas de voyants lumineux qui clignotaient de partout sur des écrans, pour les confondre dans un monde aux assises fragiles, propices à la dissipation des esprits. Mais les choses pouvaient parfois surprendre et c’est ce qui advint un jour dans le tout petit village de Saint-Champ, regroupé autour de sa petite place, de son église et de son bon vieux clocher.
En ce temps là une brave Dame, nommée Marie-Jo, fut sensible au délabrement de l’église dont les vieilles pierres, qui soutenaient l’édifice, apparaissaient aux regards des fidèles avec la faiblesse de leur fragilité. Alors qu’elles avaient enregistré des siècles de prières et d’espoirs, on sentait désormais qu’elles souhaitaient les retourner pour inciter à une sorte de mansuétude silencieuse, propre à encourager des travaux de restauration.
C’est ce que Marie-Jo ressentit un jour de 2012, avant que cela ne l’entraine dans une belle aventure d’association, baptisée d’un nom adapté aux circonstances : ‘‘Les Amis des Vieilles Pierres’’. Laquelle association allait s’engager dans une suite de manifestations pour faire grossir, très difficilement, une précieuse cagnotte qui finit par atteindre, après plusieurs années d’efforts, une somme permettant de financer une première tranche de travaux.
A cette époque la mairie, toujours soucieuse et vigilante, intervint pour consolider les sommes concernées dans un projet beaucoup plus élaboré qui allait permettre, avec l’aide de l’état et de la commune, une restauration complète de l’intérieur de l’édifice. Ce qui fut fait et qui, désormais, fait apparaître un rendu de présentation qui suscite l’admiration générale. Aux dires de certains extatiques du coin, que l’on écoute avec ravissement : « C’est magnifique ». Merci donc à l’association pour son courage et sa détermination. C’est alors que l’on en arriva à la guerre des cloches (Sans aucun jeu de mots), quand un petit conflit allait perturber, pendant quelques années, les relations entre l’association et les responsables de la municipalité.
De quoi s’agissait-il ? Et bien que notre brave association ‘‘Les Amis des Vieilles Pierres‘‘, après avoir fait ses comptes, se retrouva avec un excédent qui permettait d’envisager un « petit plus » à faire pour le bien de l’église. Naïvement, sans consultation et avec une précipitation d’enthousiastes bienheureux, ils décidèrent de remplacer la cloche fissurée par une nouvelle, toute belle de métal et toute neuve d’éclats flamboyants. Fondue en Italie, par le fournisseur prestigieux du Vatican, elle était artistiquement réalisée avec tout ce qu’il lui fallait de décoration et d’impressions religieuses pour la rendre irrésistible.
Mais aux yeux de la municipalité toujours soucieuse, cela pouvait chagriner ceux qui étaient encore attachés au vieux patrimoine et à sa vieille cloche fissurée. On batailla donc pendant longtemps mais lorsque les arguments devinrent conflictuels, on chercha un troisième larron qui pourrait endosser tous les reproches exprimés et permettre enfin une entente raisonnable. On le trouva sans difficulté et avec la vindicte d’un « haro sur le baudet » on se mit d’accord pour l’accabler de tous les maux afin de calmer les esprits chagrins. Ensuite on décida de laisser la vieille cloche fissurée en place et de lui adjoindre la nouvelle, côte à côte, avec, pour chacune d’entre elles, des séquences de sonneries adaptées.
C’est ainsi que l’installation de la nouvelle cloche eut lieu le 7 janvier 2025 à la satisfaction de ceux qui assistèrent à son élévation vers une longue destinée, douce ou bruyante, dans l’espace d’un clocher enfin accueillant.
Quant à la suite à donner elle consiste à rester attentif, à l’écoute de sa sonnerie et à inscrire son histoire tourmentée dans la rubrique « folklorique » du petit village de Saint-Champ.
Paul Gamberini